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Voici quelques photographies prises en Isère, le week-end du 8 et 9 novembre 2008.

Chérie je me sens rajeunir – Monkey Business – Howard Hawks (sortie France le 18 février 1953)

Contrairement à beaucoup de cinéphiles, je ne considère pas Monkey Business comme le monument que ceux-ci voient en lui. Mais je l’ai revu avec beaucoup de plaisir, et j’aime beaucoup sa démesure. Le scénario est d’une grande liberté, il frôle parfois le mauvais goût et il excelle à ces moments-là, et les acteurs s’amusent beaucoup. Beaucoup de drogues devaient circuler sur les plateaux de Hawks, qu’il s’agisse des comédies survoltées comme celle-ci ou L’Impossible Monsieur Bébé ou, à l’inverse, sur des films noirs sous acides tel Le Grand Sommeil. Bref, Monkey Business est drôle, oui, extraordinairement mis en scène oui, sans aucune baisse de régime sur une heure trente, c’est une certitude. C’est un brillant divertissement, sans autre prétention que d’amuser les baby-boomers. Et c’est à la fois étrange et rassurant de voir comment la cinéphilie la plus sérieuse l’a érigé en indétrônable monument. Ca rend tout cela formidablement modeste et humain.

Le Souffle de la Tempête – Comes a Horseman – Alan J. Pakula (sortie France le  2 mai 1979)

Alan J. Pakula, cinéaste que je redécouvre et qui est l’auteur d’au moins trois grands films – Klute, Les Hommes du Président et A cause d’un assassinat – réalise avec Le Souffle de la Tempête, au très beau et évocateur titre original Comes a Horseman (évoquant le texte de l’Apocalypse), un film allant a priori à l’encontre du reste de sa filmographie.
C’est un western très classique dans sa narration et dans ses thèmes, et en même temps il est très influencé par le Nouvel Hollywood. Plastiquement il ressemble à une sorte de Moissons du Ciel qui serait filmé par Hal Ashby, tout en essayant de faire du cinéma classique.
Bref, c’est une nouvelle fois un film de cette période assez passionnant, mis en scène avec beaucoup de rigueur et plein de grandes idées, et qui jouit de la présence, une nouvelle fois tellurique, de la sublime Jane Fonda qui commence sincèrement à me faire penser, après avoir vu Coming Home et Klute, qu’elle fut la plus grande actrice de sa génération.


La Fin du Jour – Julien Duvivier (sortie le 24 mars 1939)

Julien Duvivier invente une maison de retraite pour comédiens en fin de course et fait s’y confronter des gloires fanées aux seconds couteaux frustrés, générant intrigues et rancoeurs.
Le procédé est assez malin et l’on sent la même envie que dans le génial Sunset Boulevard de Billy Wilder de traiter des comédiens mis sur le carreau, mais le film a bien vieilli et  n’en est que moyennement intéressant. Les comédiens semblent vraiment faire leur numéro à tour de rôle – malgré, il est vrai, quelques scènes réussies et émouvantes -, et l’on a connu Duvivier plus inspiré. A noter que j’ai vu une copie de mauvaise qualité, ce qui n’est sans doute pas pour rien dans mon jugement un peu sec.

No Room For The Groom – Douglas Sirk (sortie aux USA le 13 juin 1952)

Voici un versant plus méconnu, mais tout aussi savoureux, de la carrière Hollywoodienne de Douglas Sirk : la comédie.
No Room For The Groom est une savoureuse comédie de boulevard, avec portes qui claquent, réalisée avec un rythme, un ton et une croyance en son sujet qui rappellent beaucoup celles de Billy Wilder ou de Preston Sturges. Et comme eux, Sirk ne fait pas les choses gratuitement, met énormément de fond sur un canevas léger. Il jouit de la performance de deux acteurs merveilleux, ici à leurs débuts : Tony Curtis et Piper Laurie (qui deviendra les terribles mère de Carrie chez De Palma ou Catherine Martell dans Twin Peaks).
Mais ce qu’il faut avant tout retenir de ce film très drôle, c’est qu’il est un formidable film sur la frustration et l’incapacité d’assouvir son désir sexuel. On pense évidemment à La Mort aux Trousses qu’Hitchcock réalisera à la fin de la décennie, mais surtout au Charme Discret de la Bourgeoisie où Bunuel traîte exactement du même sujet.

Serbis – Brillante Mendoza (sortie France le 12 novembre 2008)

D’abord ça commence par une jeune femme, belle, fraîche, nue, qui se contemple dans le miroir, et qui susurre sensuellement “je t’aime, je t’aime”. La caméra la filme en détail, mais en même temps bouge beaucoup, elle a peur de la prendre en traitre, de l’espionner, alors elle essaie de s’esquiver, mais elle ne peut pas, elle est captivée, aimantée par la beauté incandescente de ce jeune corps. Le contexte, le texte, font qu’on pense qu’il s’agit-là d’une jeune prostituée qui s’apprête à vendre son corps et qui répète son texte. Mais c’est tout le contraire. Cette jeune femme ne fait que dire innocemment son amour au monde, et s’entraine à se confronter à la beauté d’icelui. Elle vit avec son petit copain et toute sa famille dans un cinéma porno en plein cœur d’une métropole philippine. Et Brillante Mendoza, cinéaste philippin qui a commencé le cinéma à 40 ans, qui a offert deux merveilles cette année, et qui porte décidément bien son prénom, va filmer, caméra épaule, une journée entière dans ce cinéma porno, se concentrant aussi bien sur la famille d’exploitants que sur les clients, et notamment les prostitué(e)s qui viennent y accomplir leurs passes.
Loin d’être un film voyeur ou racoleur, Serbis use d’une fantastique force centrifuge pour, à partir d’un lieu isolé et très typé, décrire le monde. Il fait montre notamment d’une gestion du son absolument extraordinaire et pas vue aussi bien traitée depuis Inland Empire de David Lynch. Pour avoir séjourné dans quelques grandes métropoles asiatiques (Bangkok, Bombay, New Delhi, Madras, et Chieng-Mai (moins gigantesque, mais grande ville tout de même)), j’ai toujours été frappé et séduit par le bruit ambiant : il y a toujours des klaxons, toujours des bruits de voitures, d’embouteillages, de foule… cela n’arrête jamais et c’est quelque chose qui personnellement me berce et me met dans un état d’indolence que j’aime beaucoup. Les bruits urbains créent une musique ambient qui accompagne chaque moment de la vie de l’autochtone. Mendoza retranscrit cela dans sa bande-son d’une manière saisissante : constamment, le spectateur entend des bruits de klaxons, d’embouteillage, etc. Nous ne sommes pas alors simplement dans le film (même si c’est le cas), nous sommes aussi dans la ville, nous l’habitons et la possédons. Au milieu de ça, il est vrai que la caméra de Mendoza bouge beaucoup. Mais elle adopte tellement le rythme, la respiration de la ville, que l’œil s’y habitue en un instant. L’œil, l’oreille, la caméra, tout cela ne forme plus qu’un, un être surconscient qui, sens en éveil, capte tout, et avec beaucoup d’intensité. Cette caméra se balade beaucoup dans l’immeuble où se situe le cinéma porno et n’en sort presque jamais. Et pourtant, on connait le monde alentour, on le sent, on sait comment il est fichu, quel est le prénom du voisin ou la spécialité de la boutique au coin de la rue. On est chez nous. Jamais je n’ai vu une lumière passer au travers d’un mur percé avec autant de vérité. Jamais je ne me suis senti aussi bien au milieu de la crasse et de la misère. Car je suis ici chez moi.
Vers la fin du film, on voit une vieille femme, la patronne du cinéma, qui se coiffe devant le même miroir que celui que nous avions vu dans la première scène. Elle est vieille, et fatiguée, il vient de lui arriver de sales histoires. Mais face au miroir, elle se plait, elle se regarde, elle revit. Elle fait les mêmes gestes que la jeune femme, le cycle de la vie est lancé, il ne s’arrêtera pas, il tourbillonne, et s’émeut, même dans la douleur, il trouve le moyen d’être joyeux, plein de vie, et nous, spectateur, on est en plein dedans, et on tourbillonne aussi, et on s’émerveille car c’est rare de voir autant de vie sur un bout de pellicule.

Le Maître d’Ecole – Claude Berri (sortie le 28 octobre 1981)

La Maitre d’Ecole n’est pas un film si drôle que ça en fait. Enfin, je dis ça comme un compliment. C’est un film de Berri, et Berri n’a jamais fait de comédie, à part celle-ci. Ce film, je l’ai vu en salle à sa sortie, je le connais un peu par cœur. L’interprétation de Coluche, souvent en roue libre, est aussi savoureuse que ses grands sketchs de l’époque. On le sent vraiment à l’aise. Même s’il ne l’est pas forcément, en tant que comédien, il l’est en tant que comique. Il sait quoi faire, quelle réplique sortir, à quel moment.
Après, au delà de ça, Le Maitre d’Ecole est un film profondément nostalgique, qui dit beaucoup sur la société de son époque, et plus encore sur son système d’éducation.
Ca a beau être traité sur le mode de la légèreté, concernant ce point précis, ce film me parle beaucoup plus, et m’émeut beaucoup plus également, qu’Entre les Murs.

Capitaine Mystère – Captain Lightfoot – Douglas Sirk (sortie France le 16 septembre 1955)

Film de commande pure, que Douglas Sirk réalise pourtant entre des oeuvres très personnelles telles Le Secret Magnifique ou Tout ce que le ciel permet, Capitaine Mystère est un film léger, d’aventures historiques, narrant un épisode de l’histoire de l’Irlande du 19ème siècle et d’une bande de rebelles combattant pour l’indépendance. On y retrouve une fois de plus le fidèle Rock Hudson, charmant dans ce rôle d’aventurier bien lisse. A ce propos, il est incroyable de voir comment, bien avant les tandem Truffaut / Léaud  ou Fellini / Mastroianni, une telle connivence artistique avait pu s’établir entre le cinéaste Doug Sirk et l’acteur Rock Hudson qui a joué dans plus de la moitié de ses films américains. A l’âge d’or des studios, une telle fidélité fait vraiment figure d’exception.
Capitaine Mystère n’est certes pas un grand film, pas l’un de ceux que l’on retiendra forcément, mais il est réalisé avec un tel soin, avec un tel amour artisanal de son travail, qu’il en devient un divertissement de grande qualité, un parfait film de Noël, qui ne peut pas vieillir tant il s’intègre a priori dans un intemporel univers enfantin fantasmagorique.

Pour l’anecdote, il est amusant de noter que le personnage de Rock Hudson est surnommé Lightfoot, et celui dont il rejoint la cause est le capitaine Thunderbolt, et que Thunderbolt and Lightfoot est effectivement le nom du premier film de Michael Cimino. Mais la référence ciminienne vient peut-être de l’Histoire irlandaise et non du film de Sirk.


Das Mädchen vom Moorhof – Detlef Sierck (1935)
Cette rareté proposée par Patrick Brion au cinéma de Minuit (il passe un Murnau rare ce dimanche et un autre Sirk très rare dimanche suivant) est le second film de Douglas Sirk qui, avant d’émigrer aux Etats-Unis, se nommait encore Detlef Sierck.
Sur le thème rebattu du triangle amoureux et de l’amour contrarié, Sierck livre déjà, en 1935, quelque chose d’absolument merveilleux, assez proche de L’Aurore de Murnau par son approche romantique du sujet et sa proximité par rapport à ses personnages.
Sa mise en scène est déjà d’une acuité sidérante, et il est tout à fait possible de déjà voir ici les grandes lignes de ses merveilleux mélos hollywoodiens qui l’ont érigé fort justement au panthéon des plus grands cinéastes américains de l’âge d’or.
Sirk a longtemps été ignoré, je me souviens d’un temps où ses films étaient tous invisibles (même ses hits), ou Tout ce que le ciel permet passait parfois à la télévision mais où tous les autres s’attrapaient au hasard d’une trop rare rétrospective dans un petit ciné-club.
Aujourd’hui, en France, et grâce au formidable travail de l’éditeur Carlotta, les films de Sirk sont enfin à nouveau visibles, et le cinéaste est enfin reconnu à la hauteur du génie fondamental qu’il est !

Mesrine – L’Instinct de Mort – Jean-François Richet (sortie le 22 octobre 2008)

En sachant que la mise en scène de ce double biopic était confiée à Jean-François Richet, cinéaste estimable qui a jusqu’à présent réussi – même modérément – tous ses films, on y allait confiant, étant persuadé d’éviter les écueils ridicules des récents biopics français ou du mauvais film qui a été fait sur Spagghiari, l’autre ennemi public n°1 des années 70. Disons-le d’emblée : le film est réussi ! Et c’est même très réjouissant de voir un metteur en scène capable, en France, de réussir un grand film d’action populaire.
Ensuite, cela n’empêche pas les défauts. Le film fonctionne beaucoup trop par enchainement rapide de séquences disparates qui, si elles fonctionnent toutes très bien indépendamment, on du mal à fonctionner ensemble. A force de ne pas vouloir couper (4 heures en deux films au final), Richet a accumulé un nombre incroyable de séquences et veut toutes les montrer, quitte à en réduire la temporalité. Parfois, la scène commence, on vient à peine de s’y installer, et hop, on doit passer à la suivante, laissant trop ouvertement apparaître le squelette scénaristique qui les lie. Ca, c’est surtout sur la première heure, ensuite ça s’arrange.
Le film fait d’énormes efforts de décors : tout est reconstruit à la perfection. Évidemment, je loue cette attention. Mais elle pèse quand même un peu sur le film. Je ressens l’effort, le désir de bien faire.
Les acteurs sont globalement remarquables, Cassel est épatant, et incarne vraiment le personnage au lieu de bêtement l’imiter, le singer. Il investit le rôle. Ca nous change du ridicule mafieux russe que le vieillissant Cronenberg lui avait à tort confié l’an dernier.
Après, question mise en scène, Richet oeuvre vraiment dans la direction de ses pères : Coppolo, De Palma (celui des Incorruptibles surtout, car si Richet utilise le split-screen avec aisance, c’est plus dans une direction proche de celle de Richard Fleischer pour L’Etrangleur de Boston que celle de Palma), et surtout Martin Scorsese. Plus précisemment, Richet calque son Mesrine sur les Affranchis, allant jusqu’à parodier le film de Scorsese dans plusieurs séquences. Il rend des hommages ouverts, refait carrément des scènes, mais ça n’ampoule pas le film pour autant. Ca lui permet d’avoir de l’ambition, et de regarder de l’autre côté de l’Atlantique tout en gardant ses particularités françaises. On attend la suite avec impatience.

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