Retour – Coming Home – Hal Ashby ( sortie France le 31 mai 1978 )
Etats-Unis, 1968.
Le pays est depuis plusieurs années embourbé dans la guerre du Vietnam.
Sally & Bob Hyde sont un couple de bourgeois de droite. Lui est capitaine d’armée et le film débute lorsqu’il part au Vietnam.
Sally, qui n’a pas besoin de travailler pour vivre, s’engage alors comme bénévole dans un hôpital qui soigne les rapatriés du conflit (coming home), handicapés physiques ou traumatisés.
Luke Martin est les deux à la fois. Paralysé des deux jambes et à moitié cinglé. La première confrontation avec la femme du capitaine, en tailleur Hermès, est assez révélatrice : elle se fait littéralement vomir dessus.
Puis les deux, schéma classique du cinéma Hollywoodien, mais ô combien réussi ici, vont apprendre à se connaître… Juste avant qu’ils ne tombent amoureux, Bob bénéficie d’une permission d’une semaine à Hong-Kong. Sally l’y rejoint, et retouve un homme qui n’est que l’ombre de lui-même. Et qui est surtout loin de l’image de l’homme qu’elle a envie d’aimer.
A son retour chez elle (coming home), elle cédera à son attirance pour Luke. Luke qui ne peut plus bander depuis son accident sera pourtant le premièr homme à la faire jouir. Dans une scène d’amour qui reste l’une des plus émouvantes vues jusqu’alors.
Les deux s’aiment d’un amour pur.
Mais Luke, pour s’être enchainé au portail d’une garnison militaire afin d’empêcher les soldats de partir mourir au Vietnam, est surveillé par le FBI.
Bob rentre (coming home), rapatrié comme héros de guerre alors qu’il s’est simplement tiré lui-même une balle dans la jambe en allant prendre sa douche avec son flingue. Le FBI lui apprend que sa femme à une aventure, et il pète un cable.
Les scènes de fin sont d’une telle beauté, contiennent une émotion si bouleversante que je ne voudrais pour rien au monde les dévoiler ici.
Hal Ashby, que je connais encore mal, n’en finit pas de me surprendre. Ce Coming Home est juste l’un des plus beaux films US des 70′s que j’ai pu voir !
Ashby aborde son sujet avec un classicisme et une flamboyance très proches de ceux de Douglas Sirk (c’est notamment flagrant lors des scènes à Hong Kong) tout en les insuflant dans une mise en scène libertaire et engagée, comme savaient le faire les meilleurs cinéastes américains de cette génération.
Coming Home est un tel chef-d’oeuvre parce qu’il y a plusieurs films en lui.
C’est évidemment un film de guerre (même si on n’en voit pas une seconde) et un film sur les conséquences de celle-ci. Comment vivre après ça ? Comment vivre avec un corps mutilé ? Avec un cerveau mutilé ? Comment avoir la force de recommencer à vivre ?
C’est un grand film politique, totalement inscrit dans son époque, qu’il retranscrit avec une vérité désarçonnante.
Petite appartée concernant la bande originale, fabuleuse, du film. On y entend les Rolling Stones, les Beatles, Simon & Garfunkel, Steppenwolf, Bob Dylan, ainsi que beaucoup d’autres standarts rock de l’époque. Il y a de la musique quasiment tout le long du film, c’est la bande son d’une époque qui tourne en continu, qui accompagne les personnages. Mais Ashby a décidé de la mixer d’une manière tout à fait particulière : elle est toujours en fond sonore, perdue dans le mix, avec un effet de reverbe qui génère la sensation d’écouter un vieux poste de radio perdu dans le coin d’un plan, à la limite du hors-champ. Ashby joue constamment avec le caractère diégétique / extra-diégétique de la musique : Nous sommes dans une pièce avec un personnage, aux USA, un morceau passe, c’est de toute évidence le morceau écouté par ce personnage. Puis le plan d’après se passe au Viet-Nam et la musique entendue est la même. Elle unifie totalement le récit, rapproche les gens qui sont éloignés, et raconte son époque en filigrane. Elle est constamment une seconde narration, qui ne répète pas bêtement le récit, mais le souligne, l’accentue, l’oriente.
Revenons à l’aspect politique de ce film. Ashby réalise, on s’en doutait, un véritable plaidoyer antimilitariste, un truc qui couperait au militaire le plus aguérri l’envie d’aller se battre; mais il n’est jamais lourd, il ne fait jamais son gauchiste de base aux idées arrêtées. Il montre simplement des faits. Le plus honnêtement possible. Et ceux-ci parlent d’eux-mêmes.
Mais avant tout cela, Coming Home est une magnifique histoire d’amour, c’est l’un des plus beaux mélos que le cinéma post-Douglas Sirk ait offert.
Les acteurs de ce trio amoureux – Jane Fonda, Jon Voight, Bruce Dern – sont absolument sidérants.
Ashby installe son récit avec une patience d’orfèvre, creuse chacun des personnages jusqu’à en faire ressentir le moindre détail avec une grande force émotionnelle.
J’en parle mal, je sais que j’ai des dizaines de choses à en dire que je n’ai pas abordées ici, je sais que ça me reviendra de manière totalement désordonnée et que je m’en voudrais d’avoir oublié de parler de ci ou de ça que je considère comme essentiel, mais quand un film m’émeut à ce point je n’arrive jamais vraiment à en parler de manière raisonnable.

je trouve au contraire que tu en parles très bien, en tout les cas tes lignes incitent vivement à voir le film (et à l’écouter), un film que je ne connais absolument pas d’ailleurs, je vais tenter de trouver une édition en DVD, merci pour le conseil
@+
C’est clair que je n’ai rien à ajouter à ta belle tirade, le film est très beau, et je te remercie de me l’avoir fait découvrir.
Je serais curieux de voir ce que ferait Hal Ashby du conflit en Irak aujourd’hui (bon OK, il a 80 berges
)
Ben en fait, Hal Ashby est mort en 1988.
content que ça t’aies plu en tout cas
Très bon film, évidemment. Les acteurs sont extraordinaires et la dramatique vraiment très subtile. La façon dont le Vietnam contamine tous les aspects de la vie quotidienne des personnages tout en restant une quasi-abstraction est vraiment très intéressante. Bruce Dern qui dort avec son flingue, alors qu’il est rentré à Los Angeles ou le gamin traumatisé qui n’arrive même plus à jouer de sa guitare, par exemple… Et, bien sûr, la grande idée c’est de faire de ce traumatisme l’élément perturbateur des conflits attendus à l’intérieur du triangle amoureux (le mari trompé et l’amant qui n’arrivent même pas à se haïr car le Vietnam les a brisés tous els deux). La mise-en-scène n’est pas toujours très précise, mais Ashby ne donne pas l’impression de trop s’en préoccuper. Il construit son film sur l’émotion véhiculée par ses plans et la qualité de sa direction d’acteurs. Sur la BO, je suis moins enthousiaste que toi. Le principe est très inventif, très moderne (l’influence sur l’utilisation de la musique dans les films de Wes Anderson est, une fois encore, évidente), mais je ne sais pas si c’est vraiment si efficace… Mais c’est sans doute une question de goût. Par contre, un truc qui m’a vraiment frappé, ici, c’est la proximité qui existe entre l’approche du récit et des personnages que peuvent avoir Ashby et Sean Penn. L’influence d’Ashby et, même, de ce film en particulier sur “Crossing Guard” (qui raconte un traumatisme d’un autre ordre) est assez frappante, à mon avis…
Sinon, pour revenir sur le commentaire de Geoffroy, je dois dire que je me suis fait le même genre de réflexion pendant le film. Je me suis dit que la génération de ceux qui sont partis pour rien en Irak ont beaucoup moins fait parler d’eux, finalement. Et puis, surtout, on en a beaucoup moins parlé (alors qu’il s’agissait d’un vrai sujet dans les films et les chansons de l’époque). Sûrement parce que ça a touché moins de soldats, mais surtout parce que l’époque est beaucoup plus individualiste. Bizarre, en tout cas…